Nietzsche : Il faut apprendre à aimer [Le Gai Savoir] - Man muss lieben lernen [Die fröhliche Wissenschaft]

Friedrich Nietzsche
Le Gai Savoir (« La gaya scienza »)
Traduction Henri Albert.

Livre quatrième - 334

Il faut apprendre à aimer. - Voilà ce qui nous arrive en musique : il faut d'abord apprendre à entendre en général, un thème ou un motif, il faut le percevoir, le distinguer, l'isoler et le limiter en une vie propre; puis il faut un effort et de la bonne volonté pour le supporter, malgré son étrangeté, pour exercer de la patience à l'égard de son aspect et de son expression, de la charité pour son étrangeté : - enfin arrive le moment où nous nous sommes habitués à lui, où nous l'attendons, où nous pressentons qu'il nous manquerait s'il faisait défaut; et maintenant il continue à exercer sa contrainte et son charme et ne cesse point que nous n'en soyons devenus les amants humbles et ravis, qui ne veulent rien de mieux au monde que ce motif et encore ce motif. - Mais il n'en est pas ainsi seulement de la musique : c'est exactement de la même façon que nous avons appris à aimer les choses que nous aimons, finalement nous sommes toujours récompensés de notre bonne volonté, de notre patience, de notre équité, de notre douceur à l'égard de l'étranger, lorsque pour nous l'étran­ger écarte lentement son voile et se présente comme une nouvelle, indicible beauté. De même celui qui s'aime soi-même aura appris à s'aimer sur cette voie-là : il n'y en a pas d'autre. L'amour aussi, il faut l'apprendre.

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Die fröhliche Wissenschaft.

(„la gaya scienza“)

Von
Friedrich Nietzsche.

Viertes Buch.

Sanctus Januarius.

334.

Man muss lieben lernen. — So geht es uns in der Musik: erst muss man eine Figur und Weise überhaupt hören lernen, heraushören, unterscheiden, als ein Leben für sich isoliren und abgrenzen; dann braucht es Mühe und guten Willen, sie zu ertragen, trotz ihrer Fremdheit, Geduld gegen ihren Blick und Ausdruck, Mildherzigkeit gegen das Wunderliche an ihr zu üben: — endlich kommt ein Augenblick, wo wir ihrer gewohnt sind, wo wir sie erwarten, wo wir ahnen, dass sie uns fehlen würde, wenn sie fehlte; und nun wirkt sie ihren Zwang und Zauber fort und fort und endet nicht eher, als bis wir ihre demüthigen und entzückten Liebhaber geworden sind, die nichts Besseres von der Welt mehr wollen, als sie und wieder sie. — So geht es uns aber nicht nur mit der Musik: gerade so haben wir alle Dinge, die wir jetzt lieben, lieben gelernt. Wir werden schließlich immer für unseren guten Willen, unsere Geduld, Billigkeit, Sanftmüthigkeit gegen das Fremde belohnt, indem das Fremde langsam seinen Schleier abwirft und sich als neue unsägliche Schönheit darstellt: — es ist sein Dank für unsere Gastfreundschaft. Auch wer sich selber liebt, wird es auf diesem Wege gelernt haben: es giebt keinen anderen Weg. Auch die Liebe muss man lernen.





Dieu n'est plus jaloux

Dieu n'est plus "jaloux".

"Finis les « puissants » et « Tout-puissant » ;
de même, « jaloux » a cédé la place à « exigeant » afin de dissiper toute ambiguïté sur le Dieu jaloux."

(--> La Bible, chantier permanent - La république des livres, le blog de Pierre Assouline)

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Dans les anciennes traductions, Exodus 20:5 :

"car moi Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux" [Bible de Jerusalem]

"for I the LORD thy God am a jealous God" [King James]





Quand mon doigt par mégarde... - Fragments d'un discours amoureux [Barthes]

"Par mégarde, le doigt de Werther touche le doigt de Charlotte, leurs pieds, sous la table, se rencontrent. Werther pourrait s'abstraire du sens de ces hasards ; il pourrait se concentrer corporellement sur ces faibles zones de contact, et jouir de ce morceau de doigt ou de pied inerte, d'une façon fétichiste, sans s'inquiéter de la réponse (comme Dieu - c'est son étymologie -, le Fétiche ne répond pas). Mais précisément : Werther n'est pas pervers, il est amoureux : il crée du sens, toujours, partout, de rien, et c'est le sens qui le fait frissonner : il est dans le brasier du sens. Tout contact, pour l'amoureux, pose la question de la réponse : il est demandé à la peau de répondre."

Roland Barthes,
Fragments d'un discours amoureux,
"Quand mon doigt par mégarde..."
Oeuvres complètes, V, p. 97





Si c'est à voir, je l'ai vu [La comtesse - Proust, Contre Sainte-Beuve | Le duc - Recherche]

"Quant à la comtesse, quand le comte disait : "Ah! Balzac ! Balzac ! Il faudrait du temps, vous avez lu La Duchesse de Mers ?", elle disait :

"Moi, je n'aime pas Balzac, je trouve qu'il est exagéré."

D'une façon générale, elle n'aimait pas les gens "qui exagèrent" et qui, par là, semblent un blâme pour ceux qui comme elle n'exagèrent pas, les gens qui donnaient des pourboires "exagérés" qui faisaient paraître les siens extrêmement pingres, les gens qui avaient pour la mort d'un des leurs plus que la tristesse habituelle, les gens qui, pour un ami dans le malheur, faisaient plus qu'on en fait généralement, ou allaient exprès dans une exposition pour voir un tableau qui n'était pas le portrait d'un de leurs amis ou la chose "à voir".

Pour elle, qui n'était pas exagérée, quand on lui demandait si à l'exposition elle avait vu ce tableau, elle répondait simplement : "Si c'est à voir, je l'ai vu.""

Le Balzac de M. de Guermantes,
Contre Sainte-Beuve,

Marcel Proust

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Dans la Recherche :

http://intexto.org/opus/fr/proust/recherche/040

"Je lui dis qu'il y avait sans doute admiré la Vue de Delft de Vermeer. Mais le duc était moins instruit qu'orgueilleux. Aussi se contenta-t-il de me répondre d'un air de suffisance, comme chaque fois qu'on lui parlait d'une œuvre d'un musée, ou bien du Salon, et qu'il ne se rappelait pas : « Si c'est à voir, je l'ai vu ! »"





elle se piqua les doigts à quelque chose. C’était un fil de fer de son bouquet de mariage

Un jour qu’en prévision de son départ elle faisait des rangements dans un tiroir, elle se piqua les doigts à quelque chose. C’était un fil de fer de son bouquet de mariage. Les boutons d’oranger étaient jaunes de poussière, et les rubans de satin, à liséré d’argent, s’effiloquaient par le bord. Elle le jeta dans le feu. Il s’enflamma plus vite qu’une paille sèche. Puis ce fut comme un buisson rouge sur les cendres, et qui se rongeait lentement. Elle le regarda brûler. Les petites baies de carton éclataient, les fils d’archal se tordaient, le galon se fondait ; et les corolles de papier, racornies, se balançant le long de la plaque comme des papillons noirs, enfin s’envolèrent par la cheminée.

Quand on partit de Tostes, au mois de mars, madame Bovary était enceinte.

MADAME BOVARY - 01 - GUSTAVE FLAUBERT
http://intexto.org/opus/fr/flaubert/madame-bovary/01





Etre montré au doigt; n'être pas remarqué - Deux abîmes [Paul Valéry]

Peur du ridicule, - Terreur du banal,
- Etre montré au doigt; n'être pas remarqué.
- Deux abîmes.

Paul Valéry, Choses tues, Tel Quel,
Pléiade page 478





Le lion est fait de mouton assimilé [Paul Valéry]

"Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé."

Paul Valéry, Choses tues, Tel Quel
Pléiade page 478





Que de choses il faut ignorer pour "agir" ! [Paul Valéry]

Que de choses il faut ignorer pour "agir" !

Paul Valéry
Choses tues, Tel Quel, Pléiade p. 503





Nietzsche : Wagner, le plus grand maître de l'hypnotisme

Nietzsche sur Wagner :

"On peut sans exagération l'appeler le plus grand maître de l'hypnotisme, même à notre époque de gallinacés et de fakirs : - il est compris... les bonnes femmes sont déjà toutes froides... Wagner, en tant que musicien, ne calcule jamais à partir d'une quelconque conscience musicale : il recherche l'effet, il calcule selon l'optique du théâtre...

Wagner n'a aucun scrupule, tout comme Schiller était sans scrupules, tout comme les hommes de théâtre sont sans scrupules.
...
"Il n'y a nulle part de vrai contrepoint chez Wagner" - c'est ainsi qu'on parle "après coup". Mais à quoi bon ? Nous sommes au théâtre, et il suffit de croire qu'il y en a...
...
Je me suis demandé s'il y a jamais eu quelqu'un d'assez moderne, morbide, multiple et tordu pour pouvoir se dire préparé au problème que pose Wagner ? Peut-être, tout au plus, en France : Charles Baudelaire..."

Nietzsche, Fragments posthumes, Printemps 1888, 15 [6]

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"...man darf ihn ohne Übertreiben den größten Meister der Hypnotisirung, selbst noch für unser Zeitalter der Hühner und Zauberer, nennen. Er bewegt sich, er sucht, er streicht, er macht Gebärden: — er wird verstanden… die Weiblein sind bereits kalt… Wagner rechnet nie als Musiker von irgend einem Musiker-Gewissen aus: er will eine Wirkung, er rechnet aus der Optik des Theaters…"

"Wagner ist unbedenklich, wie Schiller unbedenklich war, wie alle Theatermenschen unbedenklich sind"

"„Es giebt nirgendswo ächten Contrapunkt bei Wagner“ — so spricht das Hinterdrein. Aber wozu auch! wir sind im Theater, und es genügt zu glauben, daß es ihn giebt…"

"Ich habe mich gefragt, ob überhaupt schon Jemand dagewesen ist, modern, morbid, vielfach und krumm genug, um als vorbereitet für das Problem Wagner zu gelten? Höchstens in Frankreich: Ch. Baudelaire"





NIETZSCHE : 8 : Epicure, Montaigne, Goethe, Spinoza, Platon, Rousseau, Pascal, Schopenhauer

Humain trop humain, II, Opinions et sentences mêlées, 408, La descente à l'Hadès :

"Moi aussi, j'ai été aux enfers, comme Ulysse, et j'y retournerai souvent ; et je n'ai pas seulement sacrifié des moutons pour pouvoir m'entretenir avec quelques morts, c'est aussi mon propre sang que je n'ai pas ménagé. Il y eut quatre couples à ne pas refuser leur réponse à mon immolation : Epicure et Montaigne, Goethe et Spinoza, Platon et Rousseau, Pascal et Schopenhauer. C'est avec eux qu'il me faut m'expliquer quand j'ai longtemps marché seul, par eux que j'entends me faire donner tort ou raison, eux que je veux écouter quand ils se donnent alors eux-mêmes tort et raison entre eux. Quoi que je puisse dire, résoudre, imaginer pour moi et les autres, je fixe les yeux sur ces huit-là et vois les leurs fixés sur moi. - Puissent les vivants me pardonner s'ils me font parfois l'effet, eux, d'être des ombres, si pâles et irritées, si inquiètes et, hélas ! si avides de vivre, tandis que ceux-là me paraissent alors aussi pleins de vie que s'ils ne pouvaient plus maintenant, après leur mort, être jamais las de vivre. Or, ce qui compte, c'est bien cette vivace pérennité : qu'importe la "vie éternelle" et en somme la vie !"

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Menschliches Allzumenschliches II

Chapter I: Vermischte Meinungen und Sprüche

408.

Die Hadesfahrt. — Auch ich bin in der Unterwelt gewesen, wie Odysseus, und werde es noch öfter sein; und nicht nur Hammel habe ich geopfert, um mit einigen Todten reden zu können, sondern des eignen Blutes nicht geschont. Vier Paare waren es, welche sich mir, dem Opfernden nicht versagten: Epikur und Montaigne, Goethe und Spinoza, Plato und Rousseau, Pascal und Schopenhauer. Mit diesen muss ich mich auseinandersetzen, wenn ich lange allein gewandert bin, von ihnen will ich mir Recht und Unrecht geben lassen, ihnen will ich zuhören, wenn sie sich dabei selber untereinander Recht und Unrecht geben. Was ich auch nur sage, beschliesse, für mich und andere ausdenke: auf jene Acht hefte ich die Augen und sehe die ihrigen auf mich geheftet. — Mögen die Lebenden es mir verzeihen, wenn sie mir mitunter wie die Schatten vorkommen, so verblichen und verdriesslich, so unruhig und ach! so lüstern nach Leben: während Jene mir dann so lebendig scheinen, als ob sie nun, nach dem Tode, nimmermehr lebensmüde werden könnten. Auf die ewige Lebendigkeit aber kommt es an: was ist am „ewigen Leben“ und überhaupt am Leben gelegen!





Hugo - Vieille chanson du jeune temps

Vieille chanson du jeune temps

Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.

J'étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres
Son oeil semblait dire: " Après ? "

La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J'allais ; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.

Moi, seize ans, et l'air morose ;
Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches
Je ne vis pas son bras blanc.

Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours ;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure
Je ne vis pas son pied nu.

Je ne savais que lui dire ;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.

Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
" Soit ; n'y pensons plus ! " dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.

Victor HUGO (1802-1885)





Nietzsche : J'ai aimé et vénéré Richard Wagner plus qu'il ne le fut jamais

"J'ai aimé et vénéré Richard Wagner plus qu'il ne le fut jamais. S'il n'avait pas fini par avoir le mauvais goût (ou la triste obligation) de faire cause commune avec des "esprits" d'une qualité impossible, avec ses adhérents les wagnériens, je n'aurais eu aucune raison de prendre déjà congé de lui de son vivant, de lui, le plus profond et le plus audacieux et aussi le plus méconnu parmi ceux qui sont aujourd'hui difficiles à connaître..."

Friedrich Nietzsche

Cité par André Schaeffner,
en introduction de : Nietzsche, Lettres à Peter Gast,
Christian Bourgois, page 107





Il est des cas où le mot "donc" compromet [Nietzsche]

Il est des cas où le mot "donc" compromet : il arrive même que l'on se récuse par un simple "donc".

Friedrich Nietzsche,
Fragments posthumes,
Printemps 1888, 14 [112]
Gallimard volume XIV, p. 81

NF 1888 14[112] :

Das Wörtchen „denn“ compromittirt in gewissen Fällen; man widerlegt sich mitunter sogar durch ein einziges „denn“.





Qu'aucun mot ne m'ait jamais atteint, cela m'a forcé à m'atteindre moi-même [Nietzsche]

"...je suis la solitude faite homme... Qu'aucun mot ne m'ait jamais atteint, cela m'a forcé à m'atteindre moi-même..."

25 [7]
1888-1889





Quand et pourquoi finir ? [L'expérience du gouffre, L'inachèvement au cinéma]

"Quand et pourquoi finir ? Quand et pourquoi couper ou laisser durer une scène ou un plan séquence ?

Dramatiser des manques par des ellipses narratives, différer la fin d'un désir en ne bouclant pas une fiction, ouvrir une oeuvre pour que, par ce ratage mortel que constitue un inachèvement, la vie s'y engouffre et finisse d'elle-même le travail.

Utopie morale et choix de style. Mais ne s'agit-il pas encore de constater le gouffre qui sépare la représentation et un réel désirable ? Le caractère vestigial de certains films ou leur forme "en débris" (trouvés à la ferraille, dirait Godard) seraient les restes de l'expérience de ce gouffre."

Dominique Païni, L'expérience du gouffre,
L'inachèvement au cinéma
Cahiers du cinéma 376, Octobre 1985
page 49





J'ai fini de mentir. [Le roi Ferrante, au moment de mourir. - Montherlant, La Reine Morte]

J'ai fini de mentir.

[Le roi Ferrante, au moment de mourir.]

La reine morte, Henry de Montherlant,
Acte III, scène VIII





La culture, une chaîne continue à l'intérieur de laquelle on peut vivre [Nietzsche]

‎"Qu'est-ce que la culture, le but de la culture ?
La culture consiste en ce que les moments les plus sublimes de chaque génération composent une chaîne continue à l'intérieur de laquelle on peut vivre."

Nietzsche, Fragment daté de 1872





De l'ascétisme des forts [Nietzsche]

Nietzsche, De l'ascétisme des forts
Fragment posthume NF 15 [117] :

"Tâche de cet ascétisme, qui n'est qu'un apprentissage de transition, pas un but en soi : se libérer des anciennes impulsions sentimentales des valeurs traditionnelles.
Apprendre à aller son chemin pas à pas - jusque "outre bien et mal".

Premier degré :
supporter des atrocités
faire des atrocités

Deuxième degré, le plus ardu:
supporter des choses misérables
faire des choses misérables :
y compris, comme exercice préliminaire :
être ridicule, se rendre ridicule.

- Provoquer le mépris et pourtant maintenir la distance par un (inscrutable) sourire, de toute sa hauteur
- prendre sur soi un certain nombre de crimes infamants, par exemple vol d'argent, pour mettre son équilibre à l'épreuve

pendant un certain temps, ne rien faire, dire, tenter, qui ne suscite la crainte ou le mépris, qui ne mette nécessairement les gens convenables et vertueux sur le pied de guerre, - qui n'exclue...

présenter le contraire de ce qu'on est (et, mieux encore, pas exactement le contraire, mais seulement un "être-autrement" : c'est plus difficile)

- marcher sur chaque corde, danser sur toute possibilité : avoir son génie dans les pieds
- renier, - et même dénigrer par moments - ses fins par ses moyens
- présenter une fois pour toutes un caractère qui cache que l'on en a cinq ou six autres
- ne pas avoir peur des cinq mauvaises choses : la lâcheté, la mauvaise réputation, le vice, le mensonge, la femme -"

Traduction Jean-Claude Hémery,
Gallimard, Fragments posthumes XIV, pages 228 et 229

-

Texte allemand original :

15[117]

Vom Asketismus der Starken.
Aufgabe dieses Ascetismus, der nur eine Durchgangs-Schulung ist, kein Ziel: sich frei machen von den alten Gefühls-Impulsen der überlieferten Werthe. Schritt für Schritt seinen Weg gehen lernen zum „Jenseits von Gut und Böse“.

Erste Stufe:
Atrocitäten aushalten
Atrocitäten thun

Zweite Stufe,
die schwerere:
Miserabilitäten aushalten
Miserabilitäten thun:
eingerechnet als Vorübung: lächerlich werden, sich lächerlich machen.

— Die Verachtung herausfordern und durch ein (unerrathbares) Lächeln aus der Höhe die Distanz trotzdem festhalten
— eine Anzahl Verbrechen, welche erniedrigen, auf sich nehmen, z.B. Gelddiebstahl, um sein Gleichgewicht auf die Probe zu stellen

eine Zeitlang nichts thun, reden, erstreben, was nicht Furcht oder Verachtung erregt, was nicht die Anständigen und Tugendhaften nothwendig in Kriegszustand versetzt, — was nicht ausschließt…

das Gegentheil davon darstellen, was man ist (und besser noch: nicht gerade das Gegentheil, sondern bloß ein Anderssein: letzteres ist schwerer)

— auf jedem Seile gehn, auf jeder Möglichkeit tanzen: sein Genie in die Füße bekommen
— seine Ziele zeitweilig durch seine Mittel verleugnen, — selbst verleumden
— ein für alle Mal einen Charakter darstellen, der es verbirgt, daß man fünf sechs andere hat
— sich vor den fünf schlimmen Dingen nicht fürchten, der Feigheit, dem schlechten Ruf, dem Laster, der Lüge, dem Weibe —





Le cinéma est fasciné par lui-même comme objet perdu [Baudrillard]

"Le cinéma est fasciné par lui-même comme objet perdu tout comme il (et nous) sommes fascinés par le réel comme référentiel en perdition".
Jean Baudrillard

cité par Marc Chevrie,
l'innocence entre guillemets, La post-modernité en question,
Cahiers du cinéma 376, octobre 1985, page 29





Cela ne se ferme pas, parce que cela n'est pas non plus ouvert [Heidegger, Heraclite]

"Ce qui se soustrait en se fermant n'est pas tout d'abord ouvert pour se fermer ensuite. Cela ne se ferme pas, parce que cela n'est pas non plus ouvert."

Martin Heidegger
Séminaire du semestre d'hiver 1966-1967 : HERACLITE
(Avec Eugen Fink)

A propos de la mort,
fragment 26 (Diels-Kranz) d'Héraclite.

(Eugen Fink:
"dans l'obscurité du sommeil l'homme touche à l'être-mort, à une possibilité de lui-même.
(...) un toucher de ce qui ne produit pas de lueur mais se soustrait à l'homme en se fermant à lui.")

Traduit de l'allemand par Jean Launay et Patrick Lévy
Gallimard pages 206-207







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In Texto
intexto.org

"A moins que, pour certains pervers, la phrase ne soit un corps ?"
Roland Barthes,
Le plaisir du texte


‎"Qu'est-ce que la culture,
le but de la culture ?
La culture consiste en ce que les moments les plus sublimes
de chaque génération composent une chaîne continue
à l'intérieur de laquelle on peut vivre."
Nietzsche,
Fragment daté de 1872


"Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres.
Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé."
Paul Valéry


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